
Récemment, la collaboration PandaX dirigée par l’Université Jiaotong de Shanghai (SJTU)a réalisé d’importantes avancées dans l’étude expérimentale des auto-interactions des neutrinos et de la matière noire. À partir des données de désintégration bêta double du xénon-136 acquises par le détecteur à xénon liquide PandaX-4T, la collaboration a établi des contraintes expérimentales directes sur les auto-interactions des neutrinos médiées par des particules scalaires légères, et obtenu les limites expérimentales les plus performantes au monde sur la plage de masse 0,8–2 MeV. Les résultats correspondants, intitulés Probing Scalar-Neutrino and Scalar-Dark-Matter Interactions with PandaX-4T, ont été publiés dans Physical Review Letters (PRL), revue de premier rang en physique. SJTU est l’établissement d’affiliation principal de cette étude.
Li Tao, assistant chercheur à l'École d'Ingénieurs Paris SJTU, est le premier auteur de cet article. Il a réalisé l'analyse des données expérimentales, notamment la reconstruction des événements, la modélisation du signal et du bruit de fond, l'ajustement des spectres d'énergie et l'inférence statistique. Michael Ramsey-Musolf, professeur à l'Institut Tsung-Dao Lee, Van Que Tran, ancien post-doctorant, et Zhong Yihong, doctorant de promotion 2022 du même institut, sont les co-auteurs. Liu Jianglai, professeur à l'Institut Tsung-Dao Lee et à l'École de Physique et d'Astronomie, est le scientifique en chef de l'expérience PandaX.
Ces résultats illustrent pleinement le fort potentiel et l'importance des études de PandaX sur la désintégration bêta double pour explorer les prémices de l’Univers, les propriétés fondamentales des neutrinos et de la matière noire, ainsi que le domaine plus vaste de la physique au-delà du Modèle standard.

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CONTEXTE DE RECHERCHE
Dans la désintégration bêta double à deux neutrinos, deux neutrons au sein d’un noyau atomique se transforment simultanément en deux protons, libérant deux électrons et deux antineutrinos. Comme les neutrinos ne perdent quasiment aucune énergie dans le détecteur, l’expérience mesure principalement le spectre d’énergie totale des deux électrons. Si les neutrinos sont des particules de Majorana, les deux antineutrinos de l’état final s’annihilent mutuellement ; dans ce cas, l’énergie totale des deux électrons observés expérimentalement devrait correspondre à une valeur fixe.
Cette étude introduit une nouvelle particule scalaire légère ϕ susceptible de se coupler aux neutrinos ; ceci peut entraîner l’émission supplémentaire de la particule ϕ dans l’état final de la désintégration. Cette particule peut soit échapper au détecteur, soit se désintégrer en particules invisibles, générant des distorsions spectrales correspondant à une perte d’énergie sur le spectre d’énergie.

▲ Diagramme de Feynman représentant l’émission d’une particule scalaire au cours de la désintégration bêta double.
Cette particule scalaire peut se désintégrer en deux particules de matière noire.
METHODES ET RESULTATS
L’équipe de recherche a construit un modèle de particule scalaire réelle, dont la particule scalaire se couple à la fois aux neutrinos et à la matière noire. Elle peut à la fois induire l’émission de particules scalaires lors de la désintégration bêta double et produire les auto-interactions des neutrinos, les auto-interactions de la matière noire, ainsi que les interactions entre neutrinos et matière noire.
En calculant les facteurs d’espace des phases et les éléments de matrice nucléaire de la désintégration bêta double avec émission d’une particule scalaire, l’équipe a recherché les distorsions correspondantes du spectre d’énergie des électrons à l’aide des données de désintégration bêta double du xénon136 issues de l’expérience PandaX4T. Des contraintes expérimentales sur la constante de couplage neutrinoscalaire gνϕ ont été établies au niveau de confiance de 90 %. Plus particulièrement, sur l’intervalle de masse 0,8–2 MeV, les résultats expérimentaux représentent les limites de laboratoire les plus strictes au monde à l’heure actuelle.
Des théoriciens ont précédemment suggéré que les auto-interactions des neutrinos pourraient expliquer la « tension de Hubble », un sujet très étudié par la communauté scientifique : cette anomalie correspond au désaccord entre les mesures de la constante de Hubble issues de l’Univers primordial et de l’Univers tardif. Si les auto-interactions des neutrinos proviennent de l’échange d’une particule scalaire, les résultats de PandaX excluent formellement cette hypothèse pour des masses scalaires inférieures à 2 MeV.
Par ailleurs, si cette particule scalaire participe aux auto-interactions de la matière noire, les couplages neutrinoscalaire et matière noirescalaire produisent conjointement des diffusions neutrinomatière noire. Ces diffusions modifient l’évolution des fluctuations à petite échelle dans l’Univers primordial et sont limitées par les observations du fond micro-onde cosmique et du spectre de puissance de la matière.
L’équipe de recherche a combiné les contraintes de PandaX-4T et les observations cosmologiques pour obtenir des limites strictes sur la constante de couplage matière noirescalaire gχϕ. Cette étude apporte des contraintes expérimentales inédites reliant la désintégration bêta double, la tension de Hubble, les auto-interactions de la matière noire et l’évolution de l’Univers primordial.

▲ Résultats de l’ajustement du spectre des données de l’expérience PandaX-4T

▲ Contraintes expérimentales sur la constante de couplage neutrinoscalaire gνϕ issues de l’expérience PandaX-4T, correspondant aux limites les plus strictes au monde sur l’intervalle de masse 0,8–2 MeV.
La collaboration PandaX est un groupe de recherche conjoint initié et dirigé par SJTU. Il mène des recherches sur la recherche de matière noire et des sujets de physique de pointe comme les neutrinos au Laboratoire Souterrain de Jinping en Chine. Ses établissements partenaires regroupent l’Université du Shandong, l’Université de Pékin, l’Université des Sciences et Technologies de Chine, l’Université Sun Yat-sen, l’Université Beihang, l’Université Nankai, l’Université Fudan, l’Institut Chinois de l’Énergie Atomique ainsi que la Société de Développement Hydroélectrique du Bassin de la Rivière Yalong (Hydroélectricité Yalong), et bien d’autres.
L’équipe PandaX de SPEIT est l’un des participants majeurs de la collaboration PandaX. Ses membres comportent le professeur associé Wang Shaobo, l’assistant chercheur Li Tao, ainsi que les étudiants de master Huang Houqi, Yao Shunyu, Zhou Jiaxu, Qiu Xiaosheng, Jing Zhan, Yu Haosong, Yang Peiqi. L’équipe est en charge des travaux relatifs à l’analyse des données expérimentales, du développement d’algorithmes d’apprentissage automatique, des simulations Monte-Carlo et du système de lecture photoélectrique de l’expérience PandaX.
Ce travail a bénéficié du soutien important du Laboratoire Souterrain de Jinping en Chine, ainsi que des financements de la Fondation Nationale des Sciences Naturelles de Chine, du Ministère des Sciences et Technologies de Chine, de la Fondation des Sciences Nouvelles Pierres Angulaires, du Fonds de Développement Yangyang, de la Commission des Sciences et Technologies de Shanghai, de la Fondation Scientifique Postdoctorale de Chine et de la Fondation Hongwen de Hong Kong.
Actuellement, le projet PandaX poursuit activement la conception, le développement et la construction d’un détecteur au xénon liquide de nouvelle génération de plusieurs dizaines de tonnes. Il permettra aux grands équipements scientifiques chinois de conserver durablement une position de pointe internationale sur les recherches en termes de matière noire et de neutrinos.