
Le 23 juillet 2026, heure locale, le Congrès international des mathématiciens, organisé tous les quatre ans, s’est ouvert à Philadelphie, aux États-Unis. La mathématicienne chinoise Wang Hong a reçu la médaille Fields 2026, marquant une percée historique pour les mathématiques chinoises.
Le parcours de Wang Hong met particulièrement en lumière trois années déterminantes d’études en France, de 2011 à 2014. En 2014, elle a obtenu le diplôme d’ingénieur de l’École polytechnique et un master de mathématiques de l’Université Paris-Sud (aujourd’hui Université Paris-Saclay).
Au sein de Université Jiao Tong de Shanghai, l’École polytechnique et l’Université Paris-Saclay sont des écoles françaises partenaires privilégiés de l’École d’Ingénieurs Paris SJTU (SPEIT).


▲Le 27 mai 2025 à Paris, enseignants et étudiants de SPEIT ont assisté à une conférence académique donnée par la professeure Wang Hong. À l’issue de la conférence, la professeure Wang a échangé de manière cordiale avec eux.
Créée en 2012, SPEIT est un institut franco-chinois fondé conjointement par SJTU et quatre grandes écoles d’ingénieurs françaises de premier plan, dont l’École polytechnique. Depuis sa création, SPEIT a envoyé près de 150 étudiants à l’École polytechnique pour y préparer un diplôme d’ingénieur ou effectuer un échange semestriel ; réciproquement, l’École polytechnique a envoyé 40 étudiants à SPEIT en échange, tandis que ses enseignants invités y ont effectué 147 missions d’enseignement.
Dans le cadre de la coopération sino-française en matière de formation, SPEIT a noué avec l’Université Paris-Saclay un partenariat durable et approfondi. Au cours des trois dernières années, SPEIT a envoyé 27 étudiants étudier à l’Université Paris-Saclay et accueilli 11 étudiants internationaux issus de cette université.

Dans le système français d’enseignement supérieur, le terme ingénieur ne désigne pas simplement tout professionnel exerçant dans les métiers de l’ingénierie. Le titre d’ingénieur diplômé est réglementé par la loi, notamment par l’article L. 642-2 et les articles suivants du Code de l’éducation ; il constitue un titre académique légalement protégé, délivré par une formation accréditée par la Commission des titres d’ingénieur (CTI) et issu du système sélectif des grandes écoles.
Le système français de formation d’ingénieur est né pendant la révolution industrielle : la forte demande d’innovation technologique a fait émerger un système durable et exigeant d’enseignement des disciplines fondamentales. Le terme « ingénieur » ne renvoie pas à une catégorie professionnelle étroite : la formation d’ingénieur vise à former des personnes dotées de solides bases en mathématiques et en sciences, capables de comprendre des problèmes complexes, de continuer à explorer différents domaines, d’exercer leur jugement et de faire avancer l’innovation.
De Pékin à Paris, le parcours de Hong Wang révèle une nouvelle fois l’ampleur des horizons ouverts par la formation française d’ingénieur.

Regard sur SPEIT
En tant qu’établissement de coopération sino-française, SPEIT s’inspire du modèle français de formation d’ingénieur et en conjugue deux caractéristiques majeures : des bases solides et une formation à spectre large. Elle a ainsi mis en place un cursus intégré licence-master, organisé en deux années de cycle fondamental, puis quatre années et demie de cycle ingénieur consacrées à la spécialisation. Dans ce cursus, les étudiants consolident d’abord leurs bases en mathématiques et en sciences avant d’explorer progressivement différents domaines de spécialisation ; ils peuvent ensuite poursuivre leurs études dans des établissements français grâce à des doubles diplômes ou à des échanges semestriels.
Ainsi se développe une voie de formation internationale reliant les formations d’ingénieurs chinoises et françaises, les sciences fondamentales et la recherche de pointe.

▲Huit étudiants de la promotion 2019 de SPEIT ont achevé leur cursus d’ingénieur à l’École polytechnique. Photo prise lors de la cérémonie de remise des bonnets de promotion (Li Yuda, quatrième en partant de la droite).
Li Yuda, titulaire en 2026 d’un master en ingénierie électronique et technologies de l’information de SPEIT, prépare aujourd’hui un master de mathématiques fondamentales à l’Université Paris-Saclay. Il prévoit d’entamer un doctorat en mathématiques en septembre 2026. Soutenues par une bourse doctorale AMX attribuée par la Fondation des anciens élèves de l’École polytechnique, ses recherches doctorales porteront sur la « Quantification des algèbres enveloppantes E_n et ses applications en physique mathématique ».
En troisième année de licence, Li Yuda a rejoint l’École polytechnique dans le cadre d’un double diplôme de deux ans et demi, menant parallèlement le cursus licence-master de SJTU et le cycle ingénieur de l’École polytechnique.
Il se souvient : « J’ai d’abord été formé à SPEIT selon le modèle français de formation d’ingénieur. Ces deux années m’ont fait prendre pleinement conscience de l’importance que l’enseignement français des mathématiques accorde à la rigueur logique et à la démarche de démonstration, tout en éveillant progressivement mon profond intérêt pour les mathématiques. »

▲Li Yuda (premier en partant de la gauche sur la rangée arrière) a représenté l’École polytechnique au championnat national français de badminton.
Le cadre d’études libre et ouvert de l’École polytechnique lui a également donné tout l’espace nécessaire pour explorer. « Les deux premières années du cycle ingénieur sont généralistes, la spécialisation n’intervenant qu’en troisième année ; j’ai ainsi pu découvrir de nombreux domaines, explorer mes centres d’intérêt et, finalement, affermir ma volonté de me consacrer aux mathématiques pures. »
Le cours de topologie algébrique du professeur Grégory Ginot à l’École polytechnique a eu une influence particulièrement profonde sur Li Yuda. « Il éclairait les théories abstraites par des représentations géométriques ; j’ai ainsi découvert que je comprenais particulièrement bien les structures mathématiques complexes par une approche intuitive, ce qui a éveillé mon vif intérêt pour la topologie algébrique. »
Afin de consolider davantage les bases nécessaires à ses recherches, Li Yuda a rejoint le master de mathématiques fondamentales de l’Université Paris-Saclay après avoir achevé ses études à SPEIT. Il y suit notamment des cours avancés de théorie de l’homotopie et étudie de manière systématique la théorie moderne de l’homotopie, la théorie des catégories supérieures et la théorie des opérades afin de préparer ses futurs travaux doctoraux.
▲De gauche à droite:
1. Augustin-Louis Cauchy (entré en 1805), l’un des fondateurs de l’analyse mathématique moderne et de l’analyse complexe ;
2. Henri Poincaré (entré en 1873), créateur de la topologie algébrique et de la théorie des équations différentielles qualitatives ;
3. Benoît Mandelbrot (entré en 1944), fondateur de la géométrie fractale et lauréat du prix Wolf de mathématiques en 1993.
De fait, le système français de formation d’ingénieur a vu émerger, au fil de son histoire, de nombreuses figures majeures. Parmi les écoles d’ingénieurs, l’École polytechnique en particulier compte de nombreux anciens élèves devenus des figures bien connues du monde scientifique contemporain. Rien que parmi les anciens élèves de l’École polytechnique, les exemples ne manquent pas.

▲Chen Yiming et ses camarades ont organisé des événements communautaires autour de l’intelligence artificielle à Station F à Paris, le plus grand incubateur de start-ups d’Europe.
Chen Yiming, étudiant de la promotion 2021 actuellement en double diplôme à l’École polytechnique, a choisi une autre voie.
Chen Yiming a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires au Lycée de langues étrangères affilié à l’Université des études étrangères de Tianjin et nourrit depuis longtemps un vif intérêt pour les mathématiques. Parti étudier à l’École polytechnique en septembre 2024, il a décidé, après une période d’exploration, de se spécialiser en mathématiques et en intelligence artificielle.
« L’enseignement à la française accorde une très grande importance aux principes fondamentaux. En mathématiques appliquées, il ne suffit pas de savoir utiliser les modèles : il faut véritablement comprendre la logique mathématique qui sous-tend les probabilités, la statistique et l’optimisation ; les cours sont donc à la fois très approfondis et très exigeants », explique Chen Yiming.
Pendant son séjour en France, il a choisi de suivre des cours de théorie mathématique des probabilités, de statistique mathématique avancée, d’optimisation et de contrôle optimal, de processus stochastiques, d’analyse de l’incertitude, de méthodes de Monte-Carlo par chaînes de Markov et d’inférence bayésienne, renforçant ainsi ses bases en mathématiques appliquées, en statistique et en intelligence artificielle.
Lors de ses études à SPEIT, il avait déjà intégré un laboratoire de SJTU spécialisé en intelligence artificielle afin de s’initier à la recherche. Après son arrivée en France, il a continué à participer à des activités académiques et à des initiatives collectives dans le domaine de l’intelligence artificielle ; ses échanges avec des chercheurs français et des professionnels de l’industrie lui ont permis de mieux percevoir les différences entre les approches chinoise et française de la formation.
« Les laboratoires d’IA en France manifestent un intérêt nettement plus marqué pour les mathématiques. Bon nombre des questions que l’on m’a posées portaient sur les mathématiques. J’ai le sentiment que les étudiants français se distinguent par une culture mathématique particulièrement solide, tandis que les étudiants chinois disposent d’un avantage en matière de mise en œuvre technique et de déploiement rapide. Les centres d’intérêt diffèrent ; venir étudier en France permet précisément à chacun de tirer parti des points forts de l’autre et de confronter les approches. »
Outre les cours et les activités académiques, Chen Yiming a également découvert le monde de l’entreprise dans un environnement international et interculturel pendant son séjour en France.
Il a rejoint le département Global Markets de BNP Paribas pour participer à un projet d’apprentissage automatique consacré à la prévision à haute fréquence des surfaces de volatilité des options. Ses collègues viennent du Royaume-Uni, de France, d’Inde et du Maroc ; il apprécie particulièrement cette collaboration quotidienne dans un environnement multilingue et multiculturel.
« Mon domaine est par nature très interdisciplinaire. Le traitement de données à haute fréquence de très grande ampleur exige de comprendre les principes de l’informatique, des entrées-sorties et du calcul distribué. L’apprentissage automatique requiert des connaissances en statistique et en intelligence artificielle. La valorisation des options suppose quant à elle de solides bases en finance et en mathématiques stochastiques. Les connaissances qui semblaient auparavant dispersées entre différents cours finissent par converger dans un projet réel. »

Partis tous deux de SPEIT, puis passés par l’École polytechnique, Li Yuda s’est orienté vers les maths fondamentales, tandis que Chen Yiming explore les intersections entre mathématiques appliquées, intelligence artificielle et ingénierie financière. D’autres étudiants se sont dirigés vers des domaines aussi variés que l’intelligence artificielle incarnée, la conception de puces, l’investissement quantitatif, la recherche et le monde académique, ou encore la gouvernance internationale.
Puissent tous les étudiants trouver la voie à laquelle ils souhaitent véritablement se consacrer dans la durée, et atteindre, pas à pas, leur propre excellence !


